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Fabrice Santoro : À deux mains
Référence : af20100902spo
Auteur : Agnès FIGUERAS-LENATTIER
Thème : Sport
Date d'édition : 09/02/2010Nombre de pages : 2
Article
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Fabrice Santoro : À deux mains
Cette autobiographie dépeint un joueur dont l’enfance loin de ses parents n’a pas toujours été dorée étant donné sa sensibilité et son grand besoin d’affection. Après une première expérience douloureuse à 12 ans loin de sa famille qui l’a contraint à revenir chez lui, il a vraiment quitté le giron familial à 14 ans en intégrant L’INSEP à Paris... Possédant un jeu peu conventionnel, jouer de manière traditionnelle serait compliqué pour lui... son secret vient notamment de son côté imprévisible sur un court. « Mon adversaire ne sait jamais ce que je vais faire, c’est ma force ». En revanche, son unique souhait a toujours été de vivre sa passion et de s’amuser, ceci au détriment d’une ambition peut-être pas assez développée. « Je n’ai jamais envisagé d’être le premier, car je n’avais pas les moyens pour l’être. Ce qui m’a manqué pour aller plus haut, c’est peut-être l’ambition ». Selon lui sa longévité, il la doit à son jeu à deux mains qui l’a empêché de souffrir de déséquilibre avec donc un risque moindre de se blesser. Et puis à son désir de toujours comprendre. « Qui ne progresse pas, régresse »…
Considérant Amélie Mauresmo comme sa meilleure copine, et Richard Gasquet comme son petit frère, il avoue être très différent en tournoi et hors tournoi. « D’un tempérament facile à vivre dans mon quotidien, en compétition, je deviens irritable et tendu ». Être dérangé en permanence alors qu’il n’a qu’une seule idée en tête le prochain match ne lui convient pas du tout. Pour arriver au plus haut niveau, Santoro explique qu’il faut être hors-norme, et que peu de gens supporteraient une telle tension sans craquer… Une tension pouvant expliquer les dérapages verbaux, les jets de raquette.. Et Santoro d’affirmer alors qu’il ne faut pas juger trop sévèrement ce genre d’attitude et comprendre qu’une erreur de débutant ou un point capital perdu peut rendre fou…Il en profite d’ailleurs pour s’excuser auprès de certains arbitres et confesse qu’un jour il s’est senti obligé d’offrir une cravate à Bruno Rebeuh, afin qu’il lui pardonne son comportement quelque peu déplacé…
Sur les six tournois ATP qu’il a remportés, quatre l’ont été à l’arraché sur fond de douleurs physiques et morales. Et ce sont ses plus belles leçons de vie, car il a pu se rendre compte que quelles que soient les circonstances, il ne faut jamais s’avouer vaincu…Une école de la vie valable d’ailleurs dans tous les secteurs de la vie. Regardant énormément son entraîneur et se nourrissant de son énergie lors d’un match, il garde un souvenir admiratif de Jean-Claude Perrin, pour lui un homme exceptionnel. Il se rappelle la fois où celui-ci lui a demandé de faire des pompes en plein hiver dans le Bois de Boulogne sur un sol gelé, sans gants ni bonnets… Même s’il est débarrassé de sa superstition maladive, il n’en reste pas moins accroc à certains rituels dont il ne peut se passer. Par exemple, quand le juge-arbitre vient le chercher, il boit toujours une gorgée d’eau. Il ne quitte jamais son porte-bonheur et le replace dans son polo entre chaque point…À 18, 20 ans, Santoro qui a réussi à se débarrasser des effets trop négatifs du stress grâce à la sophrologie et une visualisation positive des moments de doute, s’interdisait tout rapport sexuel avant un match. Or il a réalisé avec le temps qu’au contraire ça lui donnait la pêche et du sourire dans sa vie. À condition que ce soit un rapport doux et tendre. .Ses aventures avec des filles « faciles » ne lui ont d’ailleurs pas laissé un souvenir impérissable, le charme de la séduction étant inexistant. Mais le regard d’une inconnue croisée sur les gradins a pu le stimuler, et il a alors joué toute la partie pour ce visage envoûtant….Parfois atteint par une telle concentration, il lui est arrivé de ne pas savoir si le public était avec ou contre lui..Une des plus belles particularités du sport de haut niveau, c’est cette griserie qui vous emporte dans des sphères où plus rien n’existe exceptée la sensation du mariage parfait entre son corps et sa tête débouchant sur un état extatique…
Excellent joueur de simple et de double, Santoro qui à l’opposé d’un grand nombre d‘entraîneurs estime qu’il faut travailler à l’entraînement ses points forts, affirme : « Pour réussir au tennis, je suis convaincu qu’il faut une bonne dose d’égoïsme, mais pour réussir en double, il faut avoir le sens du partage »…Il avoue d’ailleurs que personne ne lui a donné le goût du double ni n’a décelé que cette discipline allait bouleverser sa vie. En fait, c’est son père qui lui a affirmé qu’il pouvait devenir l’un des meilleurs joueurs du monde en double. Mais pour lui c’était impensable du moins au début…
Bête noire de Marat Safin, et ayant comme bête noire Davydenko, il a perdu une fois contre Nadal. Ne s’étant pas assez préparé pour ce match, il l’a payé. Il a juste eu le temps d’être impressionné et d’avoir la sensation qu’un train lui passait dessus !...Marqué par la froideur d’Ivan Lendl qui lui a infligé une véritable claque, André Agassi est le joueur avec qui il a eu le plus de plaisir à jouer. C’était également le joueur dont les paroles lui étaient les plus précieuses… Federer représente à ses yeux le plus grand champion qu’il ait jamais rencontré et ne tarit pas d’éloges sur son compte. « Il maîtrise tous les domaines du jeu, techniquement, il est proche de la perfection. Sa gifle de coup droit est exceptionnelle, combinant vitesse et sécurité. Il peut trouver toutes les zones et regarder sa frappe pour fixer l’adversaire. Son revers bien qu’inférieur est très performant. IL peut le lifter ou slicer et défendre comme attaquer. Son service est l’un des plus précis avec tous les effets et dans toutes les zones.. Un jour il raconte avec amusement qu’il a voulu présenter sa fille Djénae à cette légende du tennis, mais celle-ci est partie se cacher. Elle n’aime pas ce joueur qui ne cesse de battre son père… À noter que la naissance de cet enfant a changé la vision du tennis de son père. Depuis qu’elle existe, il relativise beaucoup plus, et ses défaites ont moins d’importance qu’auparavant… Il est content, car il va pouvoir maintenant se consacrer à elle et ne plus entendre la phrase qui lui laisse des souvenirs amers : « Papa tu reviens quand ? »…
En tout cas, le succès qu’il présente comme la conséquence d’un énorme travail, et d’une vie loin de ses proches pas toujours facile à vivre, ne semble pas lui avoir trop monté à la tête. Il déclare avoir notamment gardé la valeur de l’argent et se rendre compte lorsqu’un restaurant est cher…Ce qui lui vaut d’ailleurs d’être traité de radin. Une réputation qui n’a pas l’air de trop l’atteindre : « Si pour être considéré comme généreux, il faut flamber, je préfère être qualifié de radin »…
Pour lui, le tennis est un des sports qui demande le plus de capacités d’adaptation (climat, décalage horaire, surface, aléas des résultats, hôtels pas toujours très luxueux), et une des choses qui lui a également pesé, ce sont ses rapports parfois délicats avec les journalistes qui ont tendance à juger de manière trop superficielle…
Quoi qu’il en soit, pas question pour lui d’arrêter complètement le tennis. « Je n’ai pas peur de vieillir, mais de grossir. L’outil de travail du sportif de haut niveau c’est son corps. L’addition de l’âge et de l’activité sportive réduite vont apporter des changements. Ne serait-ce que pour me maintenir en forme, je ne lâcherai pas le tennis ». Que les vétérans du tennis en prennent de la graine, Santoro n’est pas mort…
Fiche auteur
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