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Interview de Yannick Noah

Référence : afl20101302spo

Auteur : Agnès FIGUERAS-LENATTIER

Thème : Sport

Date d'édition : 13/02/2010
Nombre de pages : 6

Article

Yannick Noah


Jusqu’à deux jours avant l’accouchement, ses parents pensaient que ce serait une fille. Ils avaient préparé une chambre toute rose et pendant toute la grossesse avaient opté pour le prénom de Nadège. Mais finalement naquit un petit Yannick plein de talent qui se passionna très vite pour le tennis et le reggae. Un mélange qu’il exploita à fond plus tard aussi bien dans le sport de haut niveau que dans la chanson et qui lui valut le titre d’homme préféré des français.

Tu as fait de la sophrologie. À quel moment?
J’ai commencé après ma victoire à Roland Garros lorsque j’étais troisième mondial. Et je me suis aperçu au moment où ma relation avec la sophrologue était entrain de s’achever, que je n’avais plus réellement envie de persévérer dans le tennis. Lors des séances, on a défini les étapes à franchir, la route à suivre pour aller plus loin, avec tous les sacrifices que cette vie engendrait. Jusqu’à ma victoire à Roland Garros, le tennis incarnait la mécanique, le travail physique, la mécanique, le travail physique, avec un entraînement à outrance et forcément aussi ma force morale. Puis par la suite, cette vie de joueur professionnel m’est apparue quelque peu insipide et le tennis n’a plus représenté la même place dans mon existence. Il a évoqué à mes yeux une coupure avec la vie. La sophrologie m’a donc permis de me relier davantage à l’essence même de la vie, et de rapprocher le joueur de l’homme. Et j’ai réalisé que je ne voulais plus ni aller plus loin, ni être encore éloigné de ma famille, de mes amis et de mon univers.

Ensuite, tu as découvert le yoga?
Oui, et j’en ai fais beaucoup durant toute une période. Du reste la sophrologie et le yoga sont très complémentaires, car la méditation représente une forme de sophrologie et permet vraiment de trouver une direction.

Tu médites toujours?
En fait dans un premier temps c’est une méditation où j’étais immobile et maintenant je réalise que j’ai médité quasiment toute ma vie car j’ai toujours fait et fais encore du jogging tout seul et sans musique. Faire un footing pour moi ce n’est pas discuter avec quelqu’un et
cette éventualité m’a toujours gêné inconsciemment. Et après avoir pratiqué la méditation, je me suis rendu compte que j’étais assez avancé dans la technique, et que j’avais ce pouvoir de concentration puisque j’adorais courir seul. Ces moments me permettaient de recharger mes batteries, de préparer mes objectifs de la journée ou de la semaine. Et c’est d’autant plus motivant que j’essaye de courir dans la nature, et donc d’avoir recours à une sorte de méditation en activité. À l’heure actuelle ,ou je médite, ou je cours.

Peux-tu décrire une séance de méditation?
Dans un premier temps, je commence par faire des postures en me concentrant bien sur la respiration. Les séances durent entre 45 minutes à une heure et je parviens alors à un état de relaxation physique et mentale. Étant reposé, bien dans mon corps, et doté d’une respiration apaisée, je suis alors prêt à méditer tout en allant où ma médiation me mène. A certains moments, j’ai besoin de prendre une décision et il peut arriver que je n’ai ni le temps ni le lieu pour faire une séance de yoga. Je me concentre alors sur un point le plus longtemps possible. Quand j’arrive à faire un effort la séance peut durer une minute, une minute et demi sinon c’est plus court… Si j’ai un choix important à effectuer dans ma vie, j’essaye de le faire après une méditation.

Dans le yoga la respiration est un élément très important. Ça doit t’aider pour le chant?
Quand tu chantes ça vient du ventre, tu contrôles le diaphragme, et bien sûr le fait de savoir bien respirer m’aide. Mais je dirais que c’est plus le chant qui m’aide que le fait de me préparer à chanter. Je me concentre mais le chant me calme physiquement. Être deux, trois heures en action m’apaise.

Le yoga selon toi peut-il prévenir les maladies?
Je ne peux pas parler du yoga en général mais seulement de mon expérience et des gens avec lesquels j’ai travaillé la technique. Mais il est certain que le yoga détend le corps et l’esprit, or l’on sait aujourd’hui que de nombreuses maladies sont dues au stress. On peut donc en toute logique affirmer que le yoga est un moyen pour éviter de tomber malade, car quiconque fait du yoga est apaisé.

As-tu recours aux médecines douces?
Dans un premier temps, oui. Homéopathie, remèdes de ma grand-mère comme des herbes à mâcher, des thés…

Quand as-tu découvert le bouddhisme? Qu’est-ce qui te plaît dans cette philosophie?
J’ai découvert le bouddhisme par le yoga et il existe d’ailleurs une direction commune entre les deux à savoir un recul. Le bouddhisme incarne la non agressivité, la compassion et par dessus tout la notion de karma. Toutes ces idées me semblent liées car la notion de karma me paraît très logique. Ainsi généralement si tu veux recevoir, il faut donner, et tôt ou tard il existe une relation de cause à effet. Par exemple si tu sèmes le mal celui-ci te reviendra à un moment ou à un autre ne serait-ce que par ta conscience, par la réaction des autres et de la nature. Même principe pour le bien.

Cette notion de ne pas être agressif est un peu antinomique par rapport à la conception du sport de haut niveau? Tu as donc changé quelque peu de philosophie!
Oui mais cela dit je pense que “l’agressivité” qui m’habitait était surtout une envie de bien faire, une envie d’aller au bout de moi-même, et de donner le meilleur. Pour exploiter au maximum son potentiel, il faut déployer un effort physique intense, et puiser dans ses ressources demande évidemment une très forte motivation. Mais lorsque j’analyse cette motivation, elle ne me semble pas émaner d’une agressivité par rapport à quelqu’un même s’il pouvait m’arriver d’affronter un joueur avec qui je n’avais pas d’atomes crochus. L’entraînement représentait 90% de ma vie, et dans ces moments ce n’était pas le “killer instinct” qui me guidait. Cette notion est d’ailleurs plus une invention des médias car elle représente la face visible du tennis par exemple un regard agressif ou une attitude très déterminée. En fait mon but était de faire plaisir à mes parents, à une copine, à ma compagne ou aux spectateurs. Je voulais que le public soit fier de moi, du joueur représentant la France. C’était une motivation totalement innocente et jolie, et je n’ai jamais été agressif dans le vrai sens du terme.

Dans le bouddhisme on dit que les notions de masculinité et de féminité sont de purs artifices
produits par nos esprits. Qu’en penses-tu?
Physiquement il existe évidemment l’homme et la femme mais beaucoup d’hommes en général luttent contre leur côté féminin. Et qui dit côté féminin dit surtout sensibilité mais sensibilité exprimée. Le but de la philosophie bouddhiste, de toute religion est d’être un peu moins mal, et parfois même heureux quelques instants. Or pour y parvenir, il faut avoir la possibilité de se réaliser en s’exprimant et en exprimant ses sentiments. Or un joueur de tennis professionnel n’a pas de sentiments ou s’il en a c’est une faiblesse. Donc j’ai eu ensuite un besoin vital d’exprimer mes émotions, et forcément à l’heure actuelle j’ai l’impression d’exprimer une féminité à savoir une sensibilité.

Quand tu as gagné Roland Garros tu as atteint le nirvana?
Ah, complètement. Le mien en tout cas!

Tu n’avais plus de réel désir dans le tennis?
Plus le même. J’avais atteint mon sommet, réalisé mon rêve.

Gagner Winbledon, Flushing ne te disait plus rien?
J’avais moins envie de gagner ces tournois d’une part et en outre ça se serait passé après ma victoire à Roland Garros qui était mon but. J’ai eu le bonheur de partager ce rêve avec tout le monde. Il ne manquait personne, tous mes fans étaient là que ce soit dans les tribunes ou devant la télé, toute ma famille était au complet, et tous mes amis aussi. Ce moment était parfait pour moi et ensuite je n’ai jamais éprouvé le même besoin de remporter un autre tournoi du Grand Chlem. J’ai essayé mais je n’avais plus ce feu sacré, cet élan qui me portait. Si j’avais gagné en Australie où à Flushing j’aurais peut-être été n°2 mondial, j’aurais obtenu deux titres, mais de toute façon je n’aurais jamais revécu des émotions aussi fortes. Je pense que c’était ce jour là et pas un autre.

À ce propos tu crois au destin?
Oui, avec du recul je pense que c’était écrit…
Et dans la chanson tu as atteint le nirvana?
J’ai envie de dire que je l’atteins pratiquement à chaque concert. Ce n’est pas aussi intense que mon nirvana de joueur de tennis, mais le plaisir est différent et je le vis quasiment au quotidien.

De manière générale quelle vision as-tu du paranormal?
Étant donné mon vécu, je pense qu’il existe autre chose mais quoi, je l’ignore. En tout cas mon esprit est complètement ouvert à tous ces phénomènes inexpliqués.

As-tu déjà eu l’impression qu’un ange gardien te protège?
Bien sûr. C’est une forme d’esprit qui règne en toi. Certaines personnes à qui j’ai parlé m’ont dit je sais qu’il va m’arriver une galère, et leur intuition s’est effectivement révélé vraie. Pour ma part arrivera ce qui m’arrivera mais je n’ai pas de doute, ni d’inquiétude particulière. De ce fait j’avance et la vie se déroule comme j’en ai envie. Je sais que l’on peut s’attirer des ennuis par des mots, par une attitude, mais mon éducation, ma vie font que consciemment ou inconsciemment je n’ai jamais hésité concernant la route à suivre. Il existe toujours un côté qui est plutôt juste, et un autre plutôt tordu et j’essaye toujours de m’orienter vers le bon chemin. Bien sûr je peux me tromper, mais quoi qu’il en soit le scepticisme est un sentiment que je ne connais pas. Et c’est dans ce sens là que j’ai peut-être un ange gardien.

Ton grand-père t’es apparu trois fois. Le souhaitais-tu?
Pas du tout. J’entendais dire au Cameroun que mon père et une tante continuaient à avoir des contacts avec lui le soir. Pour moi c’était plutôt des hallucinations mais je ne voulais pas les contredire car je sais qu’ils sont sains d’esprit. Ils en parlaient d’une manière tellement
naturelle que je me disais c’est un domaine qui m’échappe. La porte n’était pas fermée, mon jugement n’était pas arrêté, mais n’y connaissant rien, ce phénomène était un peu éloigné de mes pensées. Quand j’ai entendu mon grand-père me parler la première fois, j’étais touché mais pas surpris ni complètement déstabilisé. Ce n’est pas une apparition qui m’a paru incroyable.

Est-ce que cela a changé ta façon de voir les choses?
Philosophiquement parlant dans un premier temps j’étais assez cartésien, j’allais au catéchisme. Mais je ne comprenais pas tout, et n’était pas d’accord non plus avec la totalité de ce que l’on m’enseignait. Ce dont on est sûr, c’est qu’on ne sait rien de ce qui se passe après le dernier souffle mais on a deux solutions. Ou il se passe quelque chose, ou il ne se passe rien. La majorité des gens pensent qu’après la mort c’est le néant. Pour ma part je pense le contraire et je m’en persuade. Et puis j’ai ressenti des impressions de “déjà vu” qui me permettent d’affirmer cette hypothèse. Des situations très ludiques et très simples.

Tu crois à la réincarnation. As-tu une idée de ce que tu as pu être auparavant?
Non, et ça m’indiffère complètement.

Tu as été en Inde, au Tibet? Quelles impressions en as-tu retirées?
Au-delà des différentes philosophies tu te recharges de la sagesse des gens qui n’ont rien.

Fiche auteur

Agnès Figueras-Lenattier a été joueuse de tennis professionnelle, classée huitième joueuse française. Elle a également été championne d'Europe des moins de vingt-et-un ans. Elle a ensuite travaillé en tant que journaliste dans de nombreux domaines comme le sport, la littérature, les spectacles ou l'ésotérisme. Pratiquant le sport tous les jours, Agnès Figueras-Lenattier adore lire, écrire, aller au théâtre et au cinéma.

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