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Interview de Barbara Schulz

Référence : afl20101202cin

Auteur : Agnès FIGUERAS-LENATTIER

Thème : Cinéma

Date d'édition : 12/02/2010
Nombre de pages : 6

Article

Barbara Schulz

Barbara Schulz commence à prendre des cours de comédie à 15 ans au cours Simon. Après un bac scientifique, elle se dirige chez Jean-Laurent Cochet tout en continuant ses études jusqu’en licence de sciences économiques. Après quelques apparitions dans des courts-métrages et des publicités, elle obtient en 1993 son premier rôle au cinéma dans « Coup de jeune ». En 1994 elle monte pour la première fois sur les planches dans « Les sorcières de Salem ». Par la suite, elle obtient plusieurs nominations aux Molière et en 2001, obtient le Molière de la révélation féminine pour « Joyeuses Pâques ». Depuis 2006, elle est marraine de l’UNADEV, l’Union Nationale des Aveugles et Déficients Visuels.




Vous avez fait le cours Simon et le cours Cochet. Qu’en avez-vous retiré ?
J’ai été au cours Simon quand j’étais toute adolescente et c’était un peu comme l’activité du mercredi. Peu sportive, j’adorais depuis toute petite écrire des pièces de théâtre, mettre en scène les gens de ma famille. Et un jour on m’a dit « Pourquoi tu ne fais pas du théâtre ? Mais ce n’était pas tellement professionnel, j’étais dans la cour des petits. Après mon bac, j’ai pris des cours, j’ai été chez Cochet où je suis restée deux ans.



Qu’avez-vous appris chez Jean-Laurent Cochet ?
Je ne me rends pas toujours compte de ce que l’on apprend vraiment, mais en tout cas ça m’a appris les textes et une connaissance du répertoire classique. J’ai des souvenirs extraordinaires car c’est un professeur passionnant qui inculque la discipline. Sa technique plutôt vieille école est plutôt positive notamment quand on commence. On apprend les bases. Il existe des écoles Actor Studio, des écoles ultra-classiques et je trouve que c’est bien de connaître un peu les deux. À un moment donné, j’ai voulu faire le Cours Florent mais je suis tombée sur un très mauvais prof et je ne suis restée qu’un mois. J’étais effrayée, et j’ai travaillé des chansons de Tracy Chapmann. Après Jean-Laurent Cochet c’était un peu rude. D’accord on n’est pas obligé de travailler tout le temps les fables de la Fontaine ou Molière mais avant de travailler Chapmann il est quand même préférable de se plonger dans l’univers de quelques pièces modernes de qualité.



Après, avez-vous pris d’autres cours ?
Oui, avec Thomas le Douarec qui faisait un cours de théâtre amateur et c’est de cette manière que j’ai commencé à faire du théâtre. Il avait en projet une pièce pour la fin d’année « Les sorcières de Salem » et il m’a proposé un rôle. Cette pièce comportait deux rôles féminins importants : une garce manipulatrice très sensuelle et la jeune Agnès. J’étais sûre qu’il allait me proposer la jeune Agnès et bien non. J’ai accepté et très rapidement j’ai obtenu une sorte de contrat. J’ai commencé à travailler parallèlement assez vite, particulièrement en faisant de la pub comme beaucoup de mes camarades. Ce n’était pas pour moi un moyen d’être actrice mais un moyen de gagner de l’argent dans un secteur assez proche. Avec la pub, j’ai rencontré un agent de pub qui est devenu agent de comédien et j’ai rencontré mon agent. J’ai été alors contrainte d’abandonner « Les sorcières de Salem. Quelques mois après, Thomas le Douarec m’a rappelée pour me dire que le Théâtre du Trianon voulait reprendre la pièce pour une semaine. « Or a-t-il ajouté la comédienne qui t’a remplacée ne peut pas. Est-ce que ça t’intéresse ? Je n’étais jamais montée devant un public et j’ai dit oui.



Comment cela s’est-il passé ?
On a répété dans des conditions incroyables, dans un cinéma porno désaffecté à Pigalle actuellement fermé. Une vieille salle avec des mitaines. Ça se passait pendant l’hiver, on gelait c’était horrible. Et puis j’ai joué pour la première fois. La veille, j’ai eu une extinction de voix tellement j’avais la trouille. Quand je suis arrivée sur scène et que j’ai entendu le brouhaha oh là là. La première fois on m’a fait une piqûre de cortisone. J’ai somatisé, mais jamais ça ne s’est reproduit. La semaine a tellement bien marché que le spectacle a été prolongé. Après on a été repris au théâtre Hebertot à 19h, au théâtre Mouffetard, puis au Ranelagh. On se maquillait vraiment tout seul, on vissait, on dévissait les décors nous-mêmes, on choisissait nos costumes. La vraie troupe…


Aviez-vous déjà fait du cinéma ?
Oui, des petits rôles. La première fois, j’étais complètement à côté de la plaque car je devais dire en larmes deux phrases à Jean Carmet. J’étais très impressionnée par la grosse caméra, l’équipe de cinéma. Personne dans ma famille ne faisait ce métier, et c’est un domaine qui me paraissait totalement inaccessible.



Là aussi vous avez eu le trac ?
Oui, c’était horrible. Pendant longtemps, j’ai eu plus peur au cinéma qu’au théâtre. Sans doute car je suis travailleuse et qu’au cinéma on ne vous encourage pas tellement à travailler avant. Et je suis un peu mauvaise élève. En revanche, s’il y a des répétitions je suis très assidue et je répète beaucoup. Au cinéma, la plupart du temps il faut se prendre en main toute seule et c’est plus difficile. Et quand on est jeune et inexpérimenté ça veut dire quoi ? Répéter tout seul dans sa chambre sans partenaire, sans metteur en scène ce qui implique que l’on peut aller dans une mauvaise direction. Et bloquer sur une base qui n’est pas bonne. Quand on arrive avec le texte su au cinéma et en même temps totalement vierge de toute empreinte, il faut être prête à modeler. À se préparer, sans trop se préparer tout en étant prête…L’avantage du théâtre vient du fait qu’avec les répétitions on a dès le départ une idée directrice du metteur en scène pour avancer, pour travailler.


Au cinéma vous ne répétez jamais ?
Certains metteurs en scène veulent bien répéter, faire quelques lectures mais c’est rare. En effet, on est autour d’une table et on ne joue pas du tout de la même manière. Ça n’a rien à voir comparé à une interprétation où l’on est debout et qu’on commence à bouger. On est loin de la vérité. Parfois c’est utile, on se met d’accord sur certaines choses mais on n’est pas encore vraiment dedans. C’est difficile de se rendre compte du résultat final…



Au point de vue créativité est-ce la même chose ?
Oui, bien sûr, mais c’est une création totalement différente. Au théâtre, on crée ensemble avec un metteur en scène. On cherche, on se perd, on essaie des choses, on change, on annule, on recommence, on défait sans arrêt et on avance en même temps. Mais on est soutenu en permanence et tout d’un coup on vous lâche. Et puis, le reste du parcours on l’accomplit toute seul. Même si les metteurs en scène viennent et prennent des notes. En tout cas on est seul avec le personnage, on n’a pas un seul regard vraiment sur nous. Il faut à la fois rester intègre et en même temps être au service du public. Il règne un air de liberté, et c’est merveilleux car c’est une création en mouvement. Quand je fais une pièce, j’ai des amis qui aiment bien venir au début et à la fin. Ma mère ma fan n°1, ou des gens de ma famille viennent de nombreuses fois. Ils amènent des gens et à chaque fois découvrent quelque chose de nouveau. Alors que le cinéma c’est l’art de l’instant. La caméra implique que l’on s’attarde sur des aspects beaucoup plus infimes et subtils. Quand on a en tête de très bons souvenirs avec des acteurs, ceux-ci reposent davantage sur un battement de paupière ou un soupir. Ce qui me touche au cinéma, ce sont souvent des éléments que je ne vois pas au théâtre car on est trop loin. La manière de jouer est donc un peu différente. Je fais pourtant les mêmes battements de paupière, les mêmes soupirs sur scène mais c’est pour moi et pour mon partenaire. Il faut envoyer en plus autre chose, Au cinéma on ne joue pas dans la continuité, on n’a pas tout le parcours du personnage. Parfois on se dit « Je joue comme ça » tout en sachant qu’il s’est passé ceci ou cela mais sans qu’on l’ait vu puisqu’on va le faire 15 jours après. Et même si on est content sur le moment quand on fait la scène, 15 jours après on se dit « Oh là là mais non » et on remet en question son interprétation. Dans ce sens c’est un peu frustrant mais c’est la loi. En même temps c’est magique car c’est l’art de l’instant, de la spontanéité.



Au niveau concentration est-ce la même chose ?
Pour moi oui. J’ai longtemps cru qu’il fallait se concentrer, et en fait pas du tout. La concentration extrême en tout cas. Ainsi si j’arrive au théâtre des heures à l’avance, que je me concentre dans ma loge, ça me fait perdre tout mon influx. Le trac monte, mais pas un bon trac. J’ai besoin même au théâtre que ce soit un art de l’instantané comme quand on allume la lumière. Si on a bien travaillé, on passe de rien du tout au personnage dans la situation. Comme un jeu, il faut qu’il existe le même plaisir. Si j’attends trop, mon rôle se transforme en quelque chose d’extrêmement sérieux, de vraiment lourd et flippant. J’ai donc moins de plaisir. Quand j’arrive trop longtemps avant j’ai un coup de barre, je m’endors un peu et après il faut se réveiller. Alors que quand je suis dans la vie imprégnée de tout ce que j’ai fait dans la journée je me sens bien. Evidemment tout dépend aussi des pièces. Quand on jouait Antigone, je me recueillais un peu plus dans ma loge environ une demi-heure avant.



Les heures de travail ne sont pas les mêmes. Avez-vous une préférence ?
Non. Ce sont deux rythmes totalement différents et je m’adapte. Quand on tourne on a l’impression de ne plus avoir de vie. Même si on peut dîner le soir avec ses amis, on se lève tôt le matin et la vie au cinéma est plus contraignante que celle du théâtre. J’ai des souvenirs de tournage où on se lève à 5h30 avec une heure et demi de maquillage. On revient tard le soir, on est crevé, on est complètement zombie et on se couche.



À propos de maquillage vous maquillez-vous de la même manière au théâtre et au cinéma ?
Je m’adapte en fonction des spectacles. Au théâtre il faut éventuellement accentuer un peu les sourcils et les yeux car les gens sont loin notamment dans les grandes salles. L’éclairage joue aussi un rôle. Au cinéma je ne me maquille pas toute seule. Du fait de l’image l’équipe est plus exigeante. C’est beaucoup plus difficile de faire un maquillage extrêmement naturel qui ne se voit pas à la caméra mais qui met en valeur. Au théâtre on va moins dans l’effet car il n’y a jamais de gros plans.



Au niveau du langage est-ce la même chose ?
Au théâtre on est obligé d’articuler plus. Dans une salle de théâtre il existe une résonnance dont il faut tenir compte. Et quand on en a pris conscience forcément on ralentit, et on élargit. En fait, on sent son ventre tout le temps.




Quand vous quittez votre rôle vous oubliez vite ?
Mes rôles ne sont jamais dans ma vie, c’est plutôt ma vie qui est dans mes rôles. Tous les personnages que j’ai joués en tout cas les plus marquants s’accumulent et ils sont dans les personnages que joue aujourd’hui. Quand je joue le soir, je repense à Antigone, Elisabeth.




C’est pareil au cinéma ?
Non. J’ai eu des rôles tellement prenants au théâtre avec des thèmes tellement forts, tellement bouleversants, et je ne peux pas dire que j’ai vécu ça au cinéma.



Qu’est-ce que ça vous fait quand, au cinéma, vous êtes contente d’uns scène et qu’elle est
coupée ?
Ça m’est déjà arrivée dans un téléfilm. C’est horrible mais ça fait partie du jeu.



Au niveau du jeu proprement dit c’est différent ?
Forcément. Ce que je trouve magnifique au théâtre c’est d’arriver à intégrer la technique à savoir monter le son, posséder une bonne articulation. Ceci dans le but que ces techniques
ne soient plus des contraintes. De manière à passer à une autre dimension. Il faut qu’on nous entende et c’est souvent difficile lors de scènes intimes d’arriver à garder la même idée pour la passer au théâtre. C’est un art comme le cinéma mais avec des codes différents. Il existe des choses qu’on ne peut pas faire. Au cinéma en revanche, quand ce n’est pas à soi de parler la plupart du temps on ne nous voit pas. Au théâtre on est encore à nu. Il faut apprendre à moins bouger pour ne pas parasiter le jeu de l’autre tout en étant naturel et en
continuant à exister. On m’a toujours appris ça, même par respect pour celui qui parle. Par exemple dans une pièce drôle ce n’est pas correct lorsqu’un acteur parle de faire l’andouille derrière…



Au théâtre les décors symboliques changent-ils la manière de jouer ?
Oui, mais on n’y fait pas attention. Je ne le perçois pas quand je joue. J’ai toujours eu les accessoires qu’il fallait, je n’ai jamais eu à tout imaginer. Je n’ai jamais vraiment joué avec juste une chaise…Quand j’ai joué Antigone c’était un seul décor et ça s’est très bien passé. Comme on parlait de l’âme, le décor n’avait pas d’importance.



Au cinéma vous avez tourné au Brésil, à Cuba. Vous en avez profité pour apprendre l’espagnol, le portugais. C’est l’avantage du cinéma !
L’avantage du cinéma repose sur les voyages. L’aventure est davantage prononcée quand on tourne dans le monde, dans la France profonde. Le cinéma peut être exotique, on peut aller loin. Quand on part à l’étranger, on vit aussi là-bas. Donc obligatoirement on s’imprègne de tout, tout le quotidien est bouleversé. Au théâtre le quotidien est le même, on change les lieux, mais l’appartement, la vie et les courses sont les mêmes. Quand on va loin, on découvre une autre langue, une autre musique, une autre culture…



Comment gérez-vous l’attente au cinéma ?
Je lis, mais je lis aussi au théâtre entre les scènes. J’ai remarqué que beaucoup de mes partenaires ne comprennent pas. Mais si je ne lis pas qu’est-ce que je fais quand j’attends avec un copain ? On parle de la pièce et ça me perturbe car je m’éloigne de mon personnage. Dès que je sors de scène et que je prends un livre c’est comme si c’était mon personnage qui lisait un livre. Ne pas parler, lire impose une forme de concentration. Je ne la perds pas, je la déplace, je reste dans le silence et ainsi je ne me disperse pas.




Avez-vous peur des trous de mémoire au théâtre ?
Non, j’ai une bonne confiance en ma mémoire. Et puis j’ai toujours joué des pièces avec d’autres personnages dans des situations qui se déroulent. Les mots ne sont jamais perdus car ils sont toujours liés à une situation. Même s’il manque un mot on en dit un autre à la place ; on sait ce qu’on est en train de raconter…



Les impondérables au cinéma vous gênent-ils ?
Non. Comme je ne suis pas recueillie des heures avant, ce n’est pas du tout un handicap..



Vous vous évadez autant au cinéma qu’au théâtre ?
Oui.



Vous avez déjà tourné dans la journée et joué au théâtre le soir ?
Oui, mais je n’aime pas tellement car j’aime bien vivre…



L’importance de l’humeur avant de jouer est-elle la même dans les deux disciplines ?
C’est moins important au théâtre car même si on a vécu quelque chose d’un peu difficile ou au contraire d’euphorisant c’est le parfum d’un soir et le lendemain on retrouve autre chose. C’est plus perturbant au cinéma d’être très éloigné du rôle qu’on doit interpréter car on ne peut jouer qu’une fois. Le cinéma implique d’être plus vierge.


Vous avez toujours autant le trac?
J’ai un peu moins le trac maintenant grâce à mon personnage d’Antigone. C’est une femme qui n’a pas peur d’affirmer ce qu’elle est, ce qu’elle veut. Et en fait, j’ai compris le personnage quand j’ai réalisé que pour le jouer il ne fallait pas que j’ai le trac. Il ne fallait pas que j’ai peur de déplaire, que je me dise « Est-ce que je joue bien ou mal, est-ce qu’on va m’aimer » ? C’était être infidèle au personnage et ça m’a donc donnée une grande liberté. Et à présent je me dis « Allez, je suis comme je suis »…


Vos critères de choix sont-ils les mêmes au théâtre et au cinéma ?
Non, je suis beaucoup plus exigeante au théâtre car si ça marche ça va durer beaucoup plus longtemps. Il faut non seulement que j’aime le personnage mais aussi les mots car je vais devoir les dire souvent.



Les critiques de presse vous touchent-elles autant au théâtre qu’au cinéma ?
Si un film ne marche pas on l’oublie ; ça va vite. Au théâtre, les mauvaises critiques nous atteignent plus. Ça m’est arrivé juste une fois à mes débuts avec Jérôme Savary dans Télérama. Mais d’après mes camarades également c’est plus dur au théâtre car les mauvaises critiques sortent et nous on continue.



Quelles sont les remarques qui vous touchent le plus ?
J’aime beaucoup quand après une pièce les gens me disent qu’ils ont pleuré. Je trouve ça tellement plus dur de pleurer au théâtre qu’au cinéma…


Fiche auteur

Agnès Figueras-Lenattier a été joueuse de tennis professionnelle, classée huitième joueuse française. Elle a également été championne d'Europe des moins de vingt-et-un ans. Elle a ensuite travaillé en tant que journaliste dans de nombreux domaines comme le sport, la littérature, les spectacles ou l'ésotérisme. Pratiquant le sport tous les jours, Agnès Figueras-Lenattier adore lire, écrire, aller au théâtre et au cinéma.

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