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Docteur Millot

Référence : afl20100203med

Auteur : Agnès FIGUERAS-LENATTIER

Thème : Médecine

Date d'édition : 02/03/2010
Nombre de pages : 10

Article

Docteur Millot

Le docteur Millot psychiatre est médecin de garde à l’hôpital Maison blanche à Paris. Il a également un cabinet dans le 20ème où il soigne ses patients de différentes manières. Soit par exemple par la psychothérapie, soit par l’allopathie, soit par homéopathie. Il a aussi eu recours à l’acupuncture, et a travaillé avec des sorciers africains. Sa méthode tout à fait personnelle est intéressante car elle cherche avant tout à faire évoluer le patient. Sa grande ouverture d’esprit est plutôt chose rare dans un milieu qui souvent se contente juste de donner des médicaments sans chercher vraiment plus loin.


Au départ vous étiez seulement un psychiatre allopathe. Qu’est-ce qui vous a incité à vous lancer dans l’homéopathie ?
C’était en 1983 et ma fille avait trois ans. Une nuit, elle a présenté une laryngite struduleuse ce qu’on appelait par le passé diphtérie. Sauf que dans ce cas précis, ce n’était pas une vraie diphtérie maladie mortelle mais ça y ressemblait ce qui impliquait une urgence pédiatrique. J’ai appelé un généraliste de SOS médecin à 2h du matin, pensant qu’il allait pronostiquer une hospitalisation en service de pédiatrie pour des raisons de sécurité. En effet, selon moi il fallait donner des corticoïdes car il peut y avoir mort par suffocation. Or ce médecin plutôt sûr de lui m’a rassuré en me disant que c’était un problème classique chez les enfants de cet âge et qu’il allait régler ça très vite. Il a sorti sa petite trousse homéopathique et a mis des petites granules dans la bouche de l’enfant. Et en l’espace d’environ une heure, tout est redevenu normal. Ça m’a fortement impressionné, d’autant plus que je n’avais jamais entendu parler de l’homéopathie. Et j’ai décidé de me pencher un peu de façon autodidacte sur le sujet. Et puis en 1985, j’ai été victime d’un grave accident de voiture qui m’a immobilisé pendant 8 mois. Et à un moment donné plâtré de partout je m’ennuyais chez moi et l’idée m’est venue de passer un diplôme universitaire d’homéopathie que j’ai mené jusqu’au bout en trois ans.



Et ensuite comment en êtes-vous venu à la psychiatrie homéopathique ?
J’ai eu l’occasion de rencontrer Jacqueline Barbansay la pionnière en matière de psychiatrie homéopathique. Et j’ai rejoint le groupe d’études homéopathiques et psychopathologie qu’elle avait fondé. Actuellement, je fais partie du groupe d’étude homéopathique et psychopathologie qui est d’ailleurs bien malade. D’une part à cause de la disparition des mères fondatrices et d’autre part à cause d’une importante évolution au sein de ce groupe. Mais dans le cadre de cette organisation, je dois être le seul en France à posséder le diplôme universitaire. À savoir des connaissances homéopathiques non seulement en psychiatrie mais aussi appliquées à la médecine générale.



À quelle occasion avez-vous débuté dans la pratique de l’homéopathie en psychiatrie ?
J’étais destiné à mener ma carrière à Bordeaux mais un problème d’ordre familial m’a contraint à quitter cette ville pour m’installer à Paris. Or il se trouve que des postes au niveau de la psychiatrie publique étaient disponibles à l’hôpital Maison Blanche dont un des chefs de service était assez impliqué dans le groupe d’études homéopathiques en psychopathologie. Je suis allé le voir et je lui ai dit que j’avais fait des études d’homéopathie. Il a sauté sur l’occasion car il avait déjà un peu tenté de faire des expérimentations en hôpital psychiatrique mais malheureusement ça avait un peu capoté. En effet, au sein d’un service psychiatrique il est important que le personnel soignant soit un peu formé à cette forme de soins et comme ce n’était pas le cas, des réticences sont apparues. Et quand je me suis signalé il a repris espoir en pensant qu’avec moi il allait pouvoir entreprendre de nouvelles expérimentations.

Et c’est ce qui s’est passé ?
Non, car entre temps s’est opérée une avancée au sein du pouvoir administratif. Autrefois, les directeurs d’hôpitaux étaient médecins et quand je suis arrivé en 1990, ce n’était plus le cas. Et ces directeurs engageaient leurs responsabilités dans un projet de médecine la plus puissante possible. Donc l’expérimentation de type homéopathique n’a pas été cautionnée.

Pourriez-vous parler de votre travail ?
C’est une approche qui m’est propre et j’essaye d’être le plus libre possible sur le plan de la pensée médicale. Ainsi, je considère les thérapeutiques quelles qu’elles soient à partir du moment où elles ont une connotation curative comme des outils. Que ce soit des choses magiques, de la chimie tout ce qu’il y a de plus officiel, de l’homéopathie, de l’hypnose, de la psychothérapie. Pour moi chaque thérapie est un moyen destiné à comprendre la pathologie du patient avec une utilisation adaptée de ces outils. C’est une espèce de conception holistique de la médecine qui dépend du patient et d’une multitude de facteurs dont il faut savoir tenir compte dans la mesure du possible. Ça demande une certaine compétence dans chaque domaine tout en sachant que mon secteur privilégié, c’est la psychothérapie. Mais selon la compréhension que j’ai du problème du patient intervient une question de terrain. Je me dis « Je vais utiliser telle ou telle thérapie » mais ce n’est pas l’utilisation de l’homéopathie à la place de l’allopathie ou d’autre chose. Mais dans la théorie de la prise en charge du patient, l’homéopathie a sa pertinence.

Pourquoi ?
L’homéopathie est toujours en arrière-fond parce que j’utilise en permanence l’approche clinique spécifique de l’homéopathie qui me sert pour comprendre la pathologie du patient. Cette approche peut tout à fait comprendre des indications sur le diagnostic clinique classique avec une prescription allopathique ou pouvant faire l’objet d’une indication homéopathique. Les patients ne s’en aperçoivent pas, mais quand je fais ce bilan sur 3 ou 4 séances, je pose des questions pouvant se rapporter au diagnostic soit allopathique soit homéopathique. Mais si je pense que ce n’est pas le moment d’utiliser la thérapeutique homéopathique, je vais d’abord commencer par l’allopathie quitte à modifier selon l’évolution du patient.






Quand cela peut-il se révéler pertinent ?
Ça dépend essentiellement de l’état clinique du patient. Si celui-ci sort de plus en plus d’éléments cliniques qui font dire qu’il est évident qu’il répond à une typologie de type « Platina », « Nux Vomica » à ce moment là je peux envisager l’homéopathie surtout s’il existe un désir du patient. On peut alors substituer l’allopathie par l’homéopathie mais progressivement. C’est un verre de vin dans lequel vous mettriez un peu d’eau mais il n’en reste pas moins un verre de vin.

Pourriez-vous décrire le processus de l’homéopathie ?
Pour évoquer la différence entre l’allopathie et l’homéopathie, je vais utiliser une métaphore un peu grossière mais qui a son utilité. Considérons que la souffrance (je préfère ce mot à celui de maladie qui est un état) est un champ de bataille sur lequel le patient et le médecin font alliance par rapport à cette souffrance pour mettre en place une stratégie. Et ce n’est pas par hasard si l’on parle d’arme thérapeutique et dans l’ordre de la thérapeutique, il existe quelque chose qui supporte un vocabulaire un peu guerrier. Je vais faire un parallèle entre différentes façons d’installer une stratégie guerrière. Il y a un mode guerrier que tout le monde connaît qui utilise des bombes, des avions, des fantassins et ceci de façon inscrite au sein d’une stratégie tactique. On peut considérer que l’allopathie c’est ça. À certains moments on utilise l’aviation, à d’autres les chars d’assaut. Comme certains antibiotiques, neuroleptiques, anticancéreux qui ont la vertu de pacifier le pays ou d’assurer la conquête. Mais évidemment au prix de la destruction de toute une infrastructure qu’après il faut reconstruire. L’homéopathique, c’est une thérapeutique destinée à investir un espace physique ou idéologique pour le conquérir mais en procédant de manière un peu différente. On pourrait comparer cette médecine à une guerre des espions et des services de contre-espionnage. À savoir qu’on introduit dans l’organisme du patient un agent qui à priori lui veut du mal et qui n’a pas de bonnes intentions. C’est un espion, un élément toxique potentiellement dangereux. Mais à la dose où on l’introduit il ne l’est pas car c’est un espion isolé. S’il y en avait plusieurs, ça deviendrait une dose pondérale et donc une armée.

L’homéopathie est faite d’éléments toxiques ?
Oui, tous les produits homéopathiques à dose pondérale c'est-à-dire mesurables par des balances sont des produits toxiques. Par exemple un produit comme « Arsenicum album », c’est de l’arsenic à dose homéopathique qui a des effets complètements différents de ceux qu’il pourrait avoir à dose pondérale où là effectivement c’est mortel. Quand on introduit un granule d’ « Arsenicum c’est un peu comme s’il y avait un espion qui s’infiltrait dans un pays quelconque à conquérir. La seule présence de cet espion ferait lever tous les services de contre-espionnage du pays qui est en danger. Et que ce pays menacé d’ d’envahissement renforce ses défenses. On met en branle tous ces mécanismes de défense qui vont faire que ce pays va être en bonne santé et capable de se protéger des diverses agressions.

Pourtant l’homéopathie sent encore le soufre et beaucoup de médecins, de scientifiques n’y croient pas affirmant qu’il n’y a rien dans les produits !
Ce n’est pas une question de croyance et ce sont les personnes de la science officielle qui disent ça. Mais certains physiciens théoriques peuvent tout à fait dire que dans le registre homéopathique, il existe la théorie des quantas d’énergie même si ce n’est pas mesurable par les moyens actuels classiques. Qu’est-ce que c’est un quanta d’énergie ? C’est une déduction, on n’en sait rien. Peut-être qu’un jour on arrivera à le découvrir. Mais d’un certain point de vue par rapport aux acquis actuels c’est vrai qu’il n’y a rien.

Jacques Benveniste avait avancé l’hypothèse de la mémoire de l’eau ?
C’est une polémique très ancienne qui a provoqué beaucoup de bagarres. Ce n’est pas clair du tout, et il semblerait que Jacques Benveniste ait établi des protocoles tout à fait acceptables sur le plan scientifique. Mais les méthodes d’approche et les conclusions auraient été occultées pour des raisons de combat idéologique entre les laboratoires. De ce fait, la pertinence des propos n’aurait pas été publiée. On rentre là dans des domaines beaucoup plus compliqués à savoir l’introduction de la politique, de l’économie. Mais bien évidemment l’industrie pharmaceutique n’a pas intérêt à ce que l’homéopathie se développe.

En homéopathie il existe des granules et des doses. Quelle est la différence ?
Les granules sont assez grosses alors que les doses c’est tout petit et c’est la même différence qui peut exister entre la vascularisation d’un pied et la vascularisation d’un rein. Donc en utilisant de grosses granules le produit supposé à la périphérie est relativement disséminé et il y a finalement peu de surface. En revanche, dans les doses comme ce sont des micro-granules la surface est multipliée. De ce fait, les micro-granules sont supposées être plus imprégnées que les grosses.

Au niveau efficacité ça se traduit comment ?
La grosse granule a une action plus limitée dans le temps, moins intense. L’idée qui me vient, c’est la différence qui peut se traduire entre un médicament purement symptomatique qui va soulager le mal de tête physique et puis une indication plus de fond qui va agir sur du plus long terme et plus en profondeur. Les doses ont donc une action de fond alors que les granules ont une action plus rapide.

L’homéopathie peut-elle déclencher des effets dangereux sur l’individu ?
Non, c’est l’usage qui en est fait qui peut l’être. Je peux témoigner d’une expérience faite sur moi-même. À l’époque où j’apprenais l’homéopathie, je faisais des essais afin de savoir quelle typologie homéopathique j’étais. Et je m’étais persuadé que j’étais « Lycopodium » alors qu’après avoir discuté avec un confrère homéopathe, j’ai appris que finalement j’étais « carbonique ». J’ai alors compris que le fait d’avoir ingurgité une dose importante de « Lycopodium » et surtout à des dilutions assez importantes avait provoqué chez moi une colique hépatique. J’avais pris ma dose le matin et suis arrivé plié en deux à l’hôpital de Sarlat où je faisais un intérim comme chef de service. Mes collègues m’ont hospitalisé et après m’avoir fait de nombreux examens n’ont rien trouvé. Et pourtant cliniquement, j’avais bien une colique hépatique classique. À mon avis, c’était du au mauvais usage par moi-même d’un produit qui ne me correspondait pas. Et c’est passé tout seul.


L’homéopathie qui travaille davantage en profondeur implique sûrement que le patient soit davantage désireux de s’en sortir ?
C’est vrai hélas que l’allopathie est la plupart du temps considérée comme une médecine qui délègue aux médicaments le pouvoir de résoudre les problèmes. Le psychiatre allopathique classique peut tout à fait « s’entendre » avec son patient en lui disant « vous avez une symptomatologie dépressive, je vous donne tant d’antidépresseurs, on ne va pas plus loin » et le patient fonctionne avec sa béquille. Cette technique n’engendre ni l’observation du médecin ni d’auto-observation du patient. L’homéopathie en revanche nécessite toujours une évaluation clinique et un regard du patient sur lui-même. Et la prescription évolue en fonction de ce que le patient et le prescripteur observent concernant l’évolution des symptômes. Par exemple un produit comme « Staphysagria » classiquement indiqué dans les dynamiques de contrariété va être prescrit par rapport à ce qui est ressenti, et par rapport à l’observation du ressenti. Alors qu’avec l’allopathie on va faire une prescription en fonction d’un diagnostic supposé objectif. Avec le raisonnement homéopathique si le produit est bien indiqué, la modalité réactionnelle du patient va évoluer. Et en fonction de cette évolution on va dire « On maintient, on ne maintient pas, on modifie telle ou telle chose, telle ou telle prise..


Vous semblez regretter que l’allopathie soit juste considérée comme une béquille censée régler tous les problèmes ?
Oui, et d’ailleurs je m’en sers autrement. Ainsi quand je prescris de l’allopathie, je ne prescris pas par rapport à un état mais par rapport à une dynamique. Une dynamique vue sous un angle différent de celui de l’homéopathie mais une dynamique quand même. Par exemple quand je donne des antidépresseurs, c’est parce que j’ai mis en évidence une dynamique psychopathologique de type dépressif. Il s’agit d’un mécanisme que j’ai observé et non pas d’un état comme la prescription se fait la plupart du temps. Ainsi, si j’ai affaire à un patient délirant, halluciné, surtout si c’est en urgence à l’hôpital, je vais prescrire de l’allopathie et je vais cogner pour mettre les symptômes à plat. En effet, quand les symptômes persistent ça empêche de passer au vrai niveau de thérapeutique qui est celui de la compréhension psychique de ce qui se passe. Une fois que les symptômes ont disparu, je baisse progressivement pour pouvoir ramener le symptôme. Effectivement, les produits allopathiques surtout les neuroleptiques, un peu moins les antidépresseurs, ont une action avant tout symptomatique qui ne résout en rien le problème de fond. La symptomatologie délirante, hallucinatoire, dépressive réapparaît mais à un niveau où elle n’envahit pas complètement le psychisme du patient. Et où elle peut être travaillée psychiquement avec des entretiens lors d’une psychothérapie. Si la baisse est bien supportée, à ce moment là on peut envisager de faire un relais avec l’homéopathie. Chaque médecine a sa place, ça dépend du moment et de l’évolution des choses.


Est-ce que l’homéopathie peut atténuer les effets secondaires de l’allopathie ?
Il y a effectivement pas mal de psychiatres homéopathes qui au long terme utilisent un mixte mais de façon un peu figée dans le temps. À mon avis, ce n’est pas une bonne façon de procéder ni par rapport au postulat homéopathique ni par rapport au postulat homéopathique. Le traitement en matière de souffrance doit être évolutif et se rapporter à la perception d’une dynamique. Quand on parle d’effets secondaires, il faut savoir que ça fait partie des modalités réactionnelles du patient. Et en tant que modalités réactionnelles ils peuvent être repris et traités dans le cadre d’un abord homéopathique mais ce n’est pas forcé. Ça dépend si les effets secondaires font ou non partie de la modalité réactionnelle du patient.

C'est-à-dire ?
La façon dont un patient réagit par rapport à un médicament introduit la notion de terrain. Certains sujets par exemple sont supposés avoir un terrain de type spasmophilique qui en homéopathie correspond à l’action de « Phosphorus » ou de « Calcaréaphos ». Et avec un traitement allopathique, ils vont développer plus que d’autres des dyskinésies. Si le diagnostic de terrain montre avec certitude que le patient a un terrain « phosphorique » et qu’en même temps sous traitement allopathique, il développe plus des dyskinésies qu’un syndrome extrapyramidal, on pourra penser que l’homéopathie aura une action sur la dyskinésie. Mais rien n’est certain.

Vous consultez au Centre Médico Psychologique. À quelle fréquence voyez-vous vos patients ?
Une fois par mois pour la plupart.

Et vous pensez que c’est suffisant ?
Si j’étais Ministre de la Santé, je multiplierais par 10 ou 100 l’effectif des services en hôpital psychiatrique. Je souhaiterais effectivement pouvoir recevoir les patients que je vois une fois par mois pour des raisons de réalisme de pratique tous les jours s’il le faut, voir une journée entière deux fois par semaine. Mais ce n’est pas réaliste sur le plan de l’organisation de la santé en France.

Utilisez-vous l’homéopathie au CMP ?
Ça m’est arrivé et c’est comme le reste. Ça peut marcher si c’est correctement utilisé et ça a marché. On ne peut pas être catégorique, généraliser et dire l’homéopathie c’est efficace, l’allopathie ça détruit. Tout dépend de l’usage et il n’existe pas une seule façon de soigner. C’est comme en pédagogie, et il est faux de penser qu’il n’y a qu’une seule manière d’apprendre à lire à un enfant.


En Afrique vous avez travaillé avec des sorciers africains. Pourriez-nous raconter votre expérience ?
J’ai travaillé dans un service de psychiatrie tout ce qu’il y a de plus classique à la mode de l’Occident mais dans lequel était également inclus la culture traditionnelle. Je recevais des personnes dont les traitements traditionnels s’étaient révélés inefficaces vu l’ampleur des symptômes. Il y avait des états d’excitation redoutables, c’était de la psychiatrie axillaire quasiment carcérale. On amenait ces patients même s’ils venaient de la cambrousse car on savait que la psychiatrie occidentale allait casser ces états. Mais après le tort des occidentaux c’est de penser que ça doit s’arrêter là et que le traitement de la schizophrénie c’est 150g de neuroleptiques à action prolongée pendant toute la vie. Pour ma part, j’avais un assez bon contact avec les infirmiers congolais formés par l’Occident mais possédant aussi une culture congolaise. Et c’est vrai qu’ils m’ont un peu incité à travailler secondairement avec les sorciers. Bien m’en a pris et la conclusion sur laquelle tout le monde est tombé d’accord y compris moi « le médecin blanc » c’est qu’il ne faut pas rejeter à priori la médecine occidentale qui a son domaine d’action. Ils m’ont dit : « Vous les blancs pour ce qui concerne l’action sur les symptômes vous savez faire surtout quand ces symptômes sont très forts. Mais après une fois que le patient est un peu cassé vous ne savez plus. Il faut qu’il y ait un relais au niveau de la médecine traditionnelle ». C’est intéressant cette discussion car je suis en train de me dire que les sorciers avec qui j’ai travaillé en Afrique étaient un peu des homéopathes. Ils prenaient en considération non pas l’aspect symptomatique mais la dynamique sous-jacente. J’allais souvent chez eux, j’observais leur pratique. J’ai remarqué qu’il y a beaucoup de rituels, de formules mais à un moment ou un autre il y a forcément une illustration du vécu. Décoctions, fumigations, plantes. Ce sont des gens qui ont une connaissance incroyable des plantes et il existe tout un domaine d’investigation passionnant pour la science occidentale. Toutes les civilisations d’ailleurs. Que ce soit les chamanes, les marabouts, tous les pratiquants de médecine traditionnelle. Ça fait naître une foule de questions et il faut se pencher sur le sujet.

Fiche auteur

Agnès Figueras-Lenattier a été joueuse de tennis professionnelle, classée huitième joueuse française. Elle a également été championne d'Europe des moins de vingt-et-un ans. Elle a ensuite travaillé en tant que journaliste dans de nombreux domaines comme le sport, la littérature, les spectacles ou l'ésotérisme. Pratiquant le sport tous les jours, Agnès Figueras-Lenattier adore lire, écrire, aller au théâtre et au cinéma.

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