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Docteur Angles
Référence : afl20100403
Auteur : Agnès FIGUERAS-LENATTIER
Thème : Médecine
Date d'édition : 04/03/2010Nombre de pages : 4
Article
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Docteur Michel Angles
Le docteur Angles a suivi des études d’acupuncture, d’homéopathie et de médecine générale. Il a également étudié le chinois de médecine traditionnelle chinoise à la faculté des langues de Pékin, et le Dao Yin Yang Sheng gong auprès du Professeur Zhang Guang, le fondateur de cette forme de Dao Yin Qi Gong. Co-auteur de quatre livres sur la médecine traditionnelle chinoise, il évoque ici les cinq branches de la médecine chinoise : la phytothérapie, la diététique, l’acupuncture, le massage et le qi gong.
Un enseignement basé sur la médecine chinoise a été mis en place au CHU de Montpellier. Depuis quand et en quoi consiste t-il ?
L’enseignement a commencé dans l’année 2007-2008 avec une quarantaine d’étudiants et a redémarré en 2008-2009 avec une deuxième promotion. Sont enseignées cinq branches, à savoir : la phytothérapie (avec la diététique), l’acupuncture, le massage et le qi gong. La diététique n’est pas facilement utilisable en France à cause de son aspect très culturel et a été regroupée avec la phytothérapie. Par contre l’acupuncture est déjà enseignée un petit peu partout en France.
Sur quelles bases repose l’enseignement ?
Il y a d’abord l’étude de la physiologie : l’étude de l’homme en bonne santé quand il se met en résonnance avec la nature.
Vient ensuite l’étude du diagnostic : il comprend d’abord un interrogatoire minutieux. Puis c’est l’observation : on regarde comment se comporte le patient, comment sont sa langue, le teint de son visage, parfois on observe les ongles, différentes parties du corps. On se sert de la palpation avec essentiellement la prise du pouls qui va nous donner une connaissance de l’état des différents organes du patient. L’auscultation consiste à écouter les sons qui sont produits par le corps : la voix et d’autres sons comme les gargouillements.
La physiologie et le diagnostic constituent les deux premières années de l’enseignement qui est le tronc commun à toutes les branches thérapeutiques.
Tous les éléments recueillis lors du diagnostic vont être ordonnés pour en faire la synthèse et comprendre le problème du patient.
Après le diagnostic on met en place un traitement approprié en fonction du patient et du médecin. Le médecin va choisir tel ou tel traitement selon les besoins du patient et selon ses capacités thérapeutiques.
L’étude du traitement va se continuer par deux années d’enseignement dans chacune des orientations thérapeutiques que nous avons évoquées plus haut.
Que vous apprennent la voix, la langue ?
Si c’est une voix faible ça signifie une faiblesse du côté de l’énergie. Une voix forte va souvent montrer une bonne énergie mais cela peut parfois être le signe d’un déséquilibre de l’énergie parce qu’on peut avoir une concentration anormale et localisée du qi (du souffle et de l’énergie) qui peut traduire des maladies. Une langue pâle va montrer une insuffisance d’énergie, une langue très rouge une énergie trop abondante.
La phytothérapie chinoise est-elle différente de celle d’Occident ?
Oui car la grosse majorité des plantes sont différentes. Et puis en France quand on se sert des plantes on va donner certains remèdes contre certaines maladies. En Chine en revanche on ne s’occupe pas tellement de la maladie. On regarde davantage le patient qui à un moment donné présente une maladie. Et donc dans ce sens là on va se servir de la théorie des cinq mouvements (ou cinq agents) et du yin yang en particulier et de quelques autres éléments pour établir le diagnostic. Une fois le diagnostic établi, on va mettre le traitement en place.
Pourriez-vous parler de la diététique chinoise ?
Elle repose sur l’approche du yin yang et des cinq agents par lesquels on définit différentes saveurs qui vont stimuler ou freiner l’activité de certains organes. En fonction de ça on va pouvoir agir sur les organes de façon à les rééquilibrer, à les remettre en état de bonne santé. Mais le problème vient du fait que c’est très culturel et difficile pour le moment de s’en servir en Occident sauf pour les proches ou pour des cas un peu particuliers. On n’a pas les équivalences dans certaines manières de faire, dans la façon de cuisiner. Les chinois utilisent pratiquement tous les produits des règnes animal et végétal.
Y a-t-il des pathologies plus réservées à l’acupuncture, à la phytothérapie ?
On peut se servir de toutes les thérapeutiques mais l’acupuncture va être assez efficace en cas de douleur, et aura également une action certaine au niveau psychosomatique. Le massage est plus spécialement destiné aux blessures physiques mais on peut s’en servir pour soigner d’autres maladies. La phytothérapie est utile pour ce qui est organique et le qi gong pour se prendre en charge complètement.
Le qi gong c’est quoi ?
Ce sont d’une part des mouvements pour rester en bonne santé pratiqués par un peu tout le monde et d’autre part le qi gong médical indiqué après un diagnostic. En fonction de celui-ci on va conseiller certains mouvements. Après le patient évite de retomber malade grâce à la pratique quotidienne du qi gong.
En quoi consistent ces mouvements ?
Ce sont des mouvements très doux, souvent en torsion, de façon à débloquer les méridiens et mettre le qi (le souffle et l’énergie) en mouvement dans ces méridiens. C’est un peu le même aspect que le tai ji quan (tai chi chuan) mais le tai ji est davantage tourné vers l’art martial alors que le qi gong est davantage tourné vers la santé.
Et les massages ?
Par rapport à la médecine occidentale qui est davantage une médecine mécanique basée sur le rapport des os avec les insertions tendineuses, les muscles, etc…le massage de la médecine chinoise va mettre en mouvement le qi (le souffle et l’énergie) dans les méridiens. En fonction du diagnostic on va faire certains massages qui n’auront pas de lien avec l’aspect mécanique. Ils vont avoir pour but de rétablir l’équilibre entier de l’organisme. En revanche quand il y a fracture on revient à peu près sur les mêmes principes. En effet il faut d’abord résoudre le problème mécanique avant de penser au reste.
Qu’est-ce que soigne plus facilement la médecine chinoise ?
Elle soigne plus facilement les maladies chroniques que les maladies aigües. Pour les maladies aigües souvent on n’a pas le temps d’aller chercher les plantes qu’il faudrait. Dans la plupart des cas, les urgences sont traitées en médecine Occidentale. Ensuite on prend le relais avec la médecine traditionnelle chinoise. Surtout en France où le SAMU (Service d’Aide Médicale en Urgence) est très efficace.
Et les maladies graves ?
La médecine chinoise peut soigner de nombreuses maladies. C’est très facile pour les maladies psychosomatiques alors que leur traitement n’est pas toujours évident pour la médecine occidentale.
On a d’excellents résultats avec les maladies auto-immunes (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante, psoriasis, etc…), maladies où les anticorps du patient se dirigent contre ses propres tissus.
Et puis pour le cancer : dans un premier temps on éradique le cancer avec la médecine occidentale (chirurgie, radiothérapie et/ou chimiothérapie selon les cas). Une fois ce traitement appliqué, il faut reprendre la médecine traditionnelle chinoise pour relancer l’organisme, l’empêcher de récidiver ou de faire des métastases. Et en même temps pour remonter rapidement le patient. Le cancer et le traitement occidental sont très fatigants ; la médecine chinoise, en particulier la phytothérapie, la diététique et le qi gong, aide à relancer les défenses immunitaires et empêche les récidives.
Comment vous situez-vous par rapport aux maladies psychiatriques ?
Elles ne sont pas traitées en tant que telles. Pour des problèmes psychiques on va trouver chaque fois des phénomènes organiques associés et en médecine chinoise on travaille toujours sur les deux. Quand le foie est atteint, les personnes vont facilement se mettre en colère. Ce n’est pas très grave, mais si on va dans des atteintes plus graves, on peut arriver à des folies. C’est pour ça qu’on ne fait pas de distinction entre la psychiatrie et les autres maladies. On ne regarde pas la maladie, on regarde le patient : on va le traiter en fonction de ses symptômes et de la façon dont il réagit à la maladie. Les maladies psychiatriques peuvent se soigner, même lorsqu’il existe des signes de gravité comme les psychoses et les névroses graves. Certaines techniques de qi gong bien spécifiques en Chine arrivent à tout traiter avec le temps et la persévérance.
Certaines personnes sont-elles réfractaires à la médecine chinoise ?
Non, sauf de dire de quelqu’un qu’il n’aurait plus de possibilité d’avoir des réactions immunitaires.
Que pensez-vous alors des gens qui disent « J’ai essayé l’acupuncture, ça ne m’a rien fait » C’est plutôt la faute du thérapeute ou du patient ?
Du thérapeute car il n’a pas su comprendre le patient dans tous les sens du mot comprendre.
Du patient également : comme c’est quelque chose de subtil, le patient peut s’opposer au résultat. Comme on agit sur quelque chose de subtil pour mettre en mouvement le qi (le souffle et l’énergie) celui-ci peut être bloqué par la volonté du patient ou par son subconscient. En particulier avec l’acupuncture. Au niveau des plantes c’est plus difficile car on est dans un aspect plus matériel du souffle et de l’énergie.
Il y a beaucoup d’acupuncteurs qui faute de phytothérapie utilisent l’homéopathie !
C’est très bien d’un certain côté car les remèdes chinois ne sont pas facilement accessible en France. Actuellement il y a des accords inter gouvernementaux pour reconnaître la médecine traditionnelle chinoise en France qui permettront à terme de pouvoir se procurer facilement les remèdes nécessaires.
La phytothérapie chinoise et l’homéopathie sont deux techniques différentes mais on ne peut pas dire que l’une est meilleure que l’autre. L’homéopathie à une action plus subtile, moins évidente et dès qu’on passe à des choses plus délicates, les gens ont du mal à y croire malgré des démonstrations assez probantes. La phytothérapie chinoise joue sur la circulation du souffle et de l’énergie de façon plus directe, plus visible.
Vous faites des consultations à Montpellier ?
Oui, pour montrer aux étudiants comment se déroule une consultation en pratique. Il existe une consultation au CHRU à l’Hôpital Saint Eloi ouverte trois mois dans l’année de janvier à mars. Deux médecins chinois sont là pour apporter leur expérience. On a eu de très bons résultats dans différents domaines. Des patients qui n’avaient guère d’autre espoir que la médecine chinoise ont vu leur état s’améliorer. La sclérose en plaque par exemple, on ne la guérit pas mais on la soigne. On arrive à améliorer l’état du patient et à éviter les aggravations de façon générale. Il y a beaucoup de gens, même au niveau de l’acupuncture seule, qui peuvent en témoigner.
Dans quels pays la médecine chinoise est-elle bien présente ?
Pour ce qui est de l’Europe : en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, en Suisse, en Espagne. En Italie ils viennent de s’y mettre un petit peu. En France on est toujours un peu à la traîne.
Pourquoi ?
C’est la mentalité franco-française. Les gens sont conservateurs et n’osent pas aller vers quelque chose qui leur semble nouveau. En fait la médecine chinoise est très ancienne et a fait ses preuves expérimentales également sur des millions de personnes pendant des milliers d’années.
Trouvez-vous qu’il y a trop de médecine chimique en France ?
C’est difficile à dire et c’est un peu le problème des médecins et des patients. Cela fait partie d’une manière de vivre : c’est vrai qu’on pourrait souvent se passer de certains médicaments en faisant simplement des efforts au niveau hygiène de vie. Mais cela implique que les gens se prennent en charge, ce qui est « le défaut » de la médecine chinoise. Dans la médecine occidentale on a affaire à des patients qui souffrent et qui subissent. La médecine chinoise en revanche demande aux gens d’être des malades actifs et acteurs de leur propre guérison. Quand on fait du qi gong ou qu’on change quelque chose dans son alimentation c’est actif.
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